J’avais demandé à Julien des photos des échelles qu’il était en train de placer pour une cavité extraordinaire de l’Aude. Patron de sa petite entreprise de métallurgie, cordiste et très pointu concernant le milieu souterrain…
Je lui avais évoqué le cas d’une grotte emblématique chez nous qui nécessiterait une refonte d’une partie des équipements : grotte dont nous avions la gestion ; car en site classé. Il me demanda si j’aurais voulu venir : prendre des photos, et aussi lui donner un coup de main sur deux ou trois bricoles… Ok, nous avions déjà fait quelques sorties ensembles et je le connaissais.
Réveil à 5 h 30 du mat. Le temps de boire quelques cafés, nourrir les chats, ranger le matos dans la caisse : le temps passe vite. Je décolle vers 7 heures. M’arrête à la station service du coin. Le plein. Vérification de la pression des pneus. En route !
Le GPS te donne une heure de départ et d’arrivée, mais en vrai tu mets toujours plus de temps : il ne calcule pas les impondérables… J’arrive donc au point de RDV à 10 h 40 sur le petit parking de terre ; quelque part dans le Minervois…
Julien débarque à 11 h 00. On se salue, on discute un peu, et
son pote Mathieu arrive lui aussi. On enfile nos combis, baudriers et
tout ce qui va avec.
Petite marche d’approche de quelques
centaines de mètres et là, nous arrivons devant ce qu’il me dit
être comme un truc magnifique. Donc nous nous trouverions devant un
morceau du paradis. Cool…
Portes bunkérisées ouvertes (2), nous commençons à descendre
dans un dédale d’étroitures (pas trop) verticales. Tout
descend.
« Après le passage du chaos, ça ira mieux », qu’il
me dit, le Julien.
Quelques Etais ici et là soutiennent des blocs. Puis on attaque
vraiment la descente : un puits là, un autre ici, un très étroit,
un que l’on descend longé, encore plus étroit… Nous n’en
finissons plus de descendre.
Arrivés tout en bas, je me demande
comment va être la remontée. Ces derniers temps j’ai le dos de
plus en plus raplapla, une forme physique de merde : je ne cours
plus, rien… Mais ce n’est pas fini, à présent il faut encore
franchir un gros vide par une espèce de vire aérienne encordée,
avec quelques marchepieds en ferraille disséminés au
compte-gouttes. Et plus loin, une fois la vire franchie, tout en bas,
j’aperçois la première échelle qui remonte vers d’autres
galeries : certainement celles du paradis promis... Nous sommes
à moins 140.
Les deux premières échelles grimpées, nous nous retrouvons au carrefour des galeries supposées paradisiaques, une passerelle en inox doit conduire à la galerie de droite et l’échelle (pas encore fixée) sur la gauche, plus haut, dans la deuxième galerie : celle de la sapinière, je crois... Julien commence à installer une partie de la passerelle et nous demande de lui monter les autres éléments, plus haut, là où se trouve le départ de la « sapinière », et de tout poser au sol. Puis, n’ayant plus rien à faire, pendant qu’il coupe, visse et ajuste les parties métalliques de la future passerelle, nous montons voir la première galerie, non sans avoir pris auparavant des photos des échelles et de la plateforme.
Là, pourtant habitué à ce genre de concrétions, je suis halluciné. Les mots sortent seuls, sans contrôle. JAMAIS VU UNE CHOSE PAREILLE ! Ô PUTAIN, MAIS C’EST QUOI TOUT CA !?
Il n’a pas exagéré le Julien : C’EST LE PARADIS DES ARAGONITES ACICULAIRES !
Je croyais avoir tout vu avec la grotte de Pousselière et d’autres. C’est une vision d’une beauté minérale impossible à trouver à la surface ; il y a des aragonites de partout et qui me déchirent les rétines. Comment est-ce possible un truc pareil ? On pourra m’expliquer que si la cristallisation + la capillarité, le taux d’humidité, un léger courant d’air, la gravité neutralisée par l’effet de force de ci et de là... moi, je reste sans réellement comprendre l’équation. Tout ce que je sais, c'est que j’ai en face de moi une explosion de petites galaxies dans une phase d’expansion qui se serait juste figée ; là, à quelques centimètres de mes yeux... Figées dans le temps ; peut-être rien que pour que nous puissions mieux les observer et tenter de déchiffrer une formule entre la magie et la physique ! Les parois et les plafonds en sont recouverts sur des mètres et des mètres carrés.
...
Au bout d’un moment, nous repartons. Nous passons devant Julien qui continue sa métallurgie, puis redescendons la galerie de gauche. Pareil… sauf que là, il y a une forêt d’aragonites qui poussent comme des sapins au sol. Du jamais vu non plus.
Évidemment, Mathieu et mézigue quittons nos combis, etc., pour
ne pas souiller le lieu. Nous parcourons la zone, scotchés par tant
de beauté minérale.
Difficile de trouver à nouveau des
superlatifs pour décrire ce que nos yeux découvrent !!!
Le
volume des salles et des galeries devient de plus en plus conséquent
à ce niveau. Ma GoPro enregistre.
Au bout d’un moment , alors que le temps s’était arrêté, faut bien s’arracher à la contemplation et songer à remonter… Je suis anti-porte de grotte, mais dans ce cas de figure on se rend bien compte qu'ici nous ne nous trouvons pas dans un trou de blaireau de 30 mètres avec deux fistuleuses, c’est tellement unique, tellement dense, tellement tout, qu’il faut vraiment protéger cet endroit et ils s’y sont employé d’ailleurs...
Julien va continuer à ancrer la passerelle, il n’a plus besoin de nous. Mathieu et mézigue reprenons donc le chemin du retour.
En haut de la remontée du plan incliné, même avec les marches creusées dans la terre je sens déjà mes jambes couiner et mon souffle accélérer. Aïe… je sens que je vais en chier.
Effectivement, j’en chie sa mère.
Après la vire acrobatique, plus loin, nous crapahutons une espèce
de faille/puits que l’on remonte en mode horizontal : impossible de
passer mon sac. J’ai oublié mon kit et dois me trimbaler un sac de
rando qui accroche partout. Mathieu vient de franchir l’ultime
étroiture de la faille. De mon côté je me retrouve en appui sur
deux minuscules marches naturelles de calcaire. Mes jambes
s’épuisent. Je peste, j’insulte ce putain de sac que je n’arrive
pas à enlever de mon dos et qui me bloque. Ça brûle les cuisses de
rester en tension isométrique. Je suis longé, mais pas envie de me
retrouver suspendu sur ma longe ; en dessous ça plonge !
Le
sac finit par décrocher et se fout le camp en bas.
- « Oh putain, mon Nikon est dedans : merde merde merde !!! »
Je redescends à moitié à reculons. (Je ne raconterai pas toutes les saloperies sorties de ma bouche.). Une fois tout en bas j’ouvre le sac qui a atterri sur des gravats de roche : apparemment l’appareil n’a pas trop souffert. Mais être resté aussi longtemps bloqué m’a défoncé les jambes. Mathieu me rejoint et vient récupérer mon sac. - « Putain mec, tu mérites de boire de ma bière une fois dehors ! »
Cette fois ça passe mieux. Mais nous n’en sommes qu’au début : il en reste, de la remontée…
***
Lorsque Julien sort, juste après moi — il a failli me rattraper
— il est 20h40.
Nous devions sortir vers 16 h 00 !
Et comme je suis très… euh ? Très moi, quoi, j’avais perdu mes clés de voiture. Je m’en étais aperçu juste avant de rentrer dans la grotte. Mathieu, qui marche devant, les retrouvera à côté de mon véhicule, au sol…
On se change. Le froid commence à se faire sentir.
On
discute un peu autour des véhicules.
Mathieu a donc droit à ma
bière et… ben rien.
Chacun part de son côté.
Et moi,
j’ai encore pas mal de kilomètres à me taper…
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| Pas terribles les captures écran de la vidéo... |
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| Tronçon de passerelle en cours d'assemblage |
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| Tout n'est pas encore totalement fixé : il manque des ajustages. |
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| Un peu haut sur la gauche, un peu plus haut sur la droite... |























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